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Ornithoptère

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ORNITHOPTÈRE

Estelle Garcia Blanco & Basile Richon

 

Nous sommes heureux de vous présenter l’exposition « Ornithoptère », un duo show avec les œuvres d'Estelle Garcia Blanco et de Basile Richon. La pratique des deux artistes met à l’honneur une nature délicate et chantante, reflétant des prospections écologiques, et dotées de méthodologie et de démarche scientifique. Le silence et le son vont de pair dans cette exposition – c’est dans le mouvement que se retrouvent les sonorités et toutes les complexités de la nature et de ses vérités.

 

« Il s’agit d’une tentative de capter l’éphémère, d’évoquer les traces – souvent invisibles – que nos gestes inscrivent dans le paysage. »

 

 

ESTELLE GARCIA BLANCO

 

Estelle Garcia Blanco est artiste textile et plumassière. Son parcours se dessine dans une maison de haute couture de prestige où l’artiste se forme à travailler minutieusement en « petit-main ». Ce travail laborieux et artisanal la fascine ; mais l’artiste sent des contradictions dans les valeurs et les démarches du monde de la mode. Estelle Garcia Blanco se spécialise autour de la plume, un savoir-faire qu’elle emporte avec elle dans ses études artistiques. Pourtant, elle ne garde pas les couleurs frétillantes et les fantaisies de cet art, au contraire, elle plonge dans les dédales du métier, de la production, des controverses et s’investit dans une pratique qui correspond à ses valeurs.

 

L’artiste utilise un mélange de plumes d’oies et de canards qu’elle récupère dans des oreillers de secondes mains voués à être jeté. Les plumes sont sa matière-première, un élément recyclé, mais aussi le thème de sa recherche artistique. La plume évoque la légèreté, pourtant c’est aussi un reliquat et même un ‘débris’ d’oiseau, le vestige d’un être disparu. C’est donc un symbole de vie, de vol, et de mort, de chute. Finalement, c’est une trace tangible détenant une mémoire indéchiffrable.

 

Durant sa recherche, Estelle Garcia Blanco traverse les phases du métier : de l’abattage de l’oiseau à la plume nettoyée, elle est témoin des chemins divers de production. Le 21e siècle matérialise une ère de surconsommation, d’extinction, de désastre écologique ; le récit et le parcours de la plume est un cas d‘études pour comprendre les hypocrisies et les complexités du combat. L’artiste interroge notre rapport au sauvage et au vivant, et la pulsion humaine de s’approprier et de figer la nature.

 

Pourtant les œuvres de l’artiste sont immaculées, presque célestes, on y trouve une quiétude dans la monochromie et dans le naturel des matériaux. Ses tableaux-sculptures forment des compositions et des motifs qui dansent. Les plumes sautillent à notre approche, se balancent dans un courant d’air. Les textures de ses œuvres rappellent celles de la nature, les lignes de la terre, le flottement des nuages. Ciel et terre se retrouvent. C’est surement cette pureté que l’artiste nous fait consulter : dans la beauté visuelle et dans le silence se cache tout un passé et un élan à écouter étroitement… Celui qui entend la plume, pèsera son empreinte.

 

 

BASILE RICHON

 

La pratique de Basile Richon s’articule autour de projets de différentes envergures ; l’artiste travaille en grande partie pour des institutions où sa recherche et ses sculptures se développent sur des mois ou même des années d’élaboration. Pour l’exposition chez Espace-D, l’artiste nous présente des « traces » de ces activités, sous forme d’archives et d’artefacts. C’est une énième traduction, exclusive, car l’essence des sculptures de Basile Richon se compose d’emblée de transferts. L’exposition est donc une opportunité d’écho, d’introspection, une nouvelle transcription de sa pratique dans le cadre intrinsèque d’une galerie.

 

Les projets de l’artiste prennent forme à travers un lieu, un environnement. L’artiste belgo-suisse explore des territoires singuliers tels que les glaciers alpins, les terrils wallons, les côtes de la mer du Nord. Des espaces qui ont en commun d’être des écosystèmes sauvages en pleine mutation, influencés, dans des proportions variées, par les activités humaines.

 

Pourtant, les œuvres de Basile ne nous brusquent pas, au contraire. Elles sont agiles, nous rappellent les outillages ou les mécanismes éthérés, presque joueurs, leurs mouvements et constructions nous captivent, leurs sons nous appellent. La présence intrigante et élégante des assemblages se heurte dans une dualité avec l’importance et le message de ceux-ci. C’est une poésie formelle et technique, mais aussi et surtout un geste qui nous amène à percevoir et à écouter ces paysages autrement, révélant leur instabilité et leur fragilité à l’ère de l’Anthropocène.

 

Les dispositifs de Basile Richon saisissent toutes sortes de mouvements spécifiques aux milieux dans lesquels ils s’inscrivent : vagues, marées, températures, courants, flux, … L’artiste développe des systèmes analogues de mesure – il créer ensuite, à partir de ces inscriptions, des sons et des résonances. Cette pratique, presque scientifique, a un but poétique, celle de glaner, de collectionner des traces pour les traduire et les matérialiser en chants ; celui d’une mer qui monte, de neiges éternelles qui se liquéfient, d’une côte qui s’efface.

 

La pratique in-situ rend sa réalisation laborieuse, l’artiste explore et arpente, se met en contexte, il apprend le territoire, il réalise les constructions spécifiquement pour une topographie ou pour une saison, il construit et réinvente ou restitue des systèmes oubliés. Il rend hommage, tout en nous faisant questionner l’éphémère d’une nature vertueuse ; lorsque les fragments de glace auront disparu, la sculpture ne retentira plus.

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